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bruno osb raya morisÀ partir de cette semaine, les membres des Otentikk Street Brothers s'engagent dans une série de concerts organisée dans le cadre de leur 15e anniversaire. Un double événement puisque le groupe est rentré, il y a quelques semaines, d'une tournée dans cinq pays d'Europe. OSB est désormais bel et bien passé international. Il y a 15 ans, se souvient Bruno Raya, quand ces boys de Plaisance, qui s'amusaient à danser dans la rue, avaient rêvé de créer un groupe musical, ils n'avaient pas imaginé une telle suite à leurs aventures.

Quels changements apportent l'expérience européenne aux OSB ?

Nous sommes beaucoup plus forts qu'avant. Beaucoup plus solides dans la tête. Cette expérience nous a permis de mieux comprendre notre valeur musicale et artistique. Nous avons partagé les mêmes plateaux que des grands. La veille c'était Sean Paul, le lendemain OSB… Sur la même scène avec la même sono ! Ce n'est pas un hasard, rien ne se fait par hasard. Nous avons été sur les routes pendant 15 ans, l'expérience que nous avons vécue localement nous a permis de bâtir une base solide pour avancer. Il y a eu des moments de bonheur, comme des difficultés. Tout ça a contribué à nous consolider et nous a permis de passer à cette autre étape : l'Europe. C'est un cadeau ! J'avais eu le présentiment que 2007 serait notre année. Nous avons franchi une autre étape. Par exemple, si nous travaillons sur un projet d'album, nous devons maintenant le placer dans le contexte international. Inévitablement, nous restons aussi dans le domaine local.

Quelles différences noteront ceux qui vous suivent depuis 15 ans ?

Il y a déjà une autre forme de maturité, que ce soit dans les textes, la musicalité, l'esprit dans lequel nous travaillons. Nous restons cependant attachés à notre culture et à la créolité. Par exemple, nous travaillons en ce moment sur un quatre titres pour l'Europe. Nous le préparons aussi pour Maurice. Il n'y aura qu'un projet destiné à tous les marchés. C'est ce qu'a été l'expérience Revey Twa. C'est un album local avec lequel nous avons testé le marché international. Beaucoup de touristes l'ont acheté ici. Il a aussi marché chez les Mauriciens établis ailleurs. L'album s'est bien vendu dans les endroits où nous avons joué en Europe.

La musique locale trouvera-t-elle finalement une place sur la scène internationale ?

Nous avons chanté en créole et nous avons un peu communiqué en anglais. Partout, nous avons retrouvé la même ambiance que celle des concerts que nous donnons ici. Parfois, ils ont même vibré davantage parce qu'ils découvraient un son nouveau : le seggae ! C'est une musique particulièrement riche, dont on ne retrouve pas l'équivalent sur la scène internationale. Elle pourra se propager plus rapidement. Là-bas, j'ai pensé à Kaya, à sa musique, à l'héritage qu'il a laissé. C'est un héritage formidable ! Tant que le séga ne sera pas revu et retravaillé pour être plus clean, il ne connaîtra pas la même progression.

Dans le passé, des groupes et des artistes locaux avaient aussi annoncé qu'ils passaient internationaux avant de se heurter à la désillusion…

… dans notre cas les projets sont réels et le travail a commencé. Avec les autres, le problème a peut-être été qu'ils ont été emmenés de Maurice en Europe où leur style a été retravaillé, modifié pour ressembler à ce qui s'y fait déjà. Leur authenticité avait été mise de côté. Dans notre cas, le promoteur a voulu du produit qu'il a découvert à Maurice. L'album a été refait pour l'Europe et nous nous sommes présentés dans le style que nous jouons. Lors de notre tournée, à certains endroits, nous avions regretté de n'avoir emmené que 500 CD. Tout partait en quelques minutes. Je n'avais jamais vu ça. Il faut croire que le public a aimé. Sur le lien myspace de notre site Internet (www. osbcrew. com), on peut désormais voir le nombre de commentaires internationaux que nous recevons. Nous n'en sommes peut-être qu'au commencement, mais jusqu'ici tout va bien. Notre prochaine tournée est pour le début de l'année prochaine : nous serons en Allemagne, dans la République Tchèque, en Slovénie et après ce sera la France, l'Angleterre… Notre album est aujourd'hui disponible sur le plan international…

En sus de ça, quand vous aviez commencé il y a 15 ans, pensiez-vous qu'OSB serait associé à la transformation musicale et culturelle qu'a connue le pays ?

Non ! Franchement nous n'avions jamais imaginé qu'OSB prendrait cette dimension. Nous étions un groupe d'amis qui dansait dans la rue, qui était là pou pran enn nissa. On le faisait avec amour. On s'appelait les Street Brothers. Nous avions ajouté Otentikk à notre nom en 1997 et avions décidé de passer aux choses sérieuses. Notre avantage était que nous étions persévérants et que nous avions la foi. En même temps, des gens ont voulu profiter de nous. Mais ça nous a servis. Ceux qui sont venus pour nous exploiter nous ont ouverts d'autres portes. Certains ont aujourd'hui disparu, nous, nous sommes toujours là ! Par exemple, nous n'avons rien reçu pour notre premier album : Ragga Kréol qui s'était vendu à 35 000 exemplaires. Il nous a cependant ouvert beaucoup de portes. Je n'avais effectivement jamais pensé qu'on en arriverait là. Tu t'imagines ? Au lieu du traditionnel séga, un titre d'OSB qui vient désormais clore les réceptions nuptiales. Des enfants aux matantes tous suivent. Je n'avais pas non plus imaginé que j'aurais eu autant de problèmes…

Parce que vous veniez pour vous amuser ?

Je venais avec un esprit d'amour et de partage. Au départ oui, c'était pour s'amuser ! Je ne pensai pas que je deviendrais l'ennemi de ceux qui ne veulent pas comprendre notre vibe. J'ai toujours considéré la musique comme étant ma contribution à la société. Et voilà que ma musique a commencé à déranger. Si j'avais su que j'aurais eu autant de problèmes, j'aurais fait quelque chose d'autre. Tu t'imagines ? Tu organises un concert sur le stade Maryse Justin et quelques jours après, à la radio, au milieu des tiens, tu entends que l'on discute de toi et de ton groupe au Parlement. À croire que tu es un criminel, que tu représentes un danger. Cette histoire a inquiété mes parents. Je pensais à Kaya, j'étais inquiet pour Blakkayo, pour Dagger. Tout ça fait partie de nos 15 ans, de notre histoire…

À force de dicter les tendances, ne vivez-vous pas ça comme une pression ?

Parmi ceux qui nous ont suivis, certains ont mêmes des enfants de 15 ans aujourd'hui. Cette génération s'est adaptée à nous, a introduit notre manière de parler chez elle et nous désigne souvent comme référence. Parfois, c'est effectivement une pression. Il est donc important pour moi de savoir de quoi je parle et avoir des preuves de ce que j'avance. J'ai appris à aborder certains sujets san faire dimal e en mem temp li fer dimal. La vérité, on peut la rendre tranchante, tout en étant diplomate. Et c'est cette vérité qui blesse. La musique, et j'insiste là-dessus, est pour nous un combat social.

Dans quel sens ?

Maurice n'est plus le paradis que nous avions connu. Certains y vivent l'enfer. Il faut que des gens en parlent. OSB veut proposer une alternative aux problèmes. C'est ça notre contribution. Chacun de nos albums représente ainsi une nouvelle étape. Nous avions parlé à l'État et par la suite nous avons décidé de parler au peuple. C'est une perte de temps de parler à l'homme politique. Il faut s'adresser au peuple. Parce que c'est le peuple qui vote l'homme politique. Le peuple doit comprendre qu'il est le boss de ces boss. Il faut prendre le temps de comprendre ce qui se passe autour de soi et de se renseigner pour savoir de quoi parler.

Que vous reste-t-il à dire ?

Tellement de choses… Je suis jeune, nous sommes un "vieux jeune groupe" qui continue à s'exprimer. Nous voulons dire aux gens qu'ils doivent avoir confiance en eux. Koné é croir ki to kapav fer sa. C'est l'un de nos combats et on le continue. Je parle de positivité. Tu aimes la musique, tu aimes l'athlétisme, tu aimes lire… mais crois en toi. Tu dois aimer pour comprendre. Sinon tu ne comprendras rien. Je vois trop de jeunes se décourager. Il n'y a plus que découragement au sein de la société. Avec les difficultés qui existent, l'exclusion devient terrible. Surtout que le pays n'arrive plus à nous donner ce que nous avons semé. Mais nous devons apprendre à reprendre confiance en nous et savoir respecter les autres. La clé c'est aussi une bonne éducation. L'un des problèmes du pays, c'est qu'il a donné une éducation à la légère à ses enfants. Nous en payons les conséquences aujourd'hui, trop de personnes n'ont pas de savoir-vivre. À quoi ça sert d'être un intellectuel si on ne sait pas vivre avec les autres. On s'attendait plutôt à ce que les intellectuels soient au service des plus vulnérables. Et non pas qu'ils viennent dominer les autres et abuser de ces derniers. Nous n'avons plus de temps à perdre avec les orgueilleux. À Maurice, trop de personnes prétendent ne rien comprendre parce que ça les arrange. On parle de développement en oubliant le social. Si nous voulons changer les choses, nous le pouvons et revenir vers la base.

Et cette base, comment la voyez-vous ?

Elle m'inquiète ! Elle a trop été influencée par les mauvais et les vieux esprits. Et il n'y a pas suffisamment de personnes pour y descendre et travailler. Les travailleurs sociaux manquent de moyens et opèrent dans des conditions difficiles pendant que des politiciens prennent des décisions qui font reculer leur travail. Comment avancer dans de telles conditions ? Drogue, SIDA, pauvreté, etc., les problèmes auxquels nous sommes confrontés sont fondamentaux. Nous connaissons cette réalité. Nous savons à quel point c'est dur d'avancer dans la vie. Ce n'est pas comme ces bâtiments qui poussent à Port-Louis.

Quel est le traditionnel vœu des OSB pour ce quinzième anniversaire ?

Réussir à ouvrir les portes devant lesquelles nous sommes arrivés. Une fois qu'elles seront ouvertes, j'espère emmener d'autres artistes mauriciens avec moi de l'autre côté. En Jamaïque, c'est ce qu'ils ont fait. Marley a ouvert les portes, tellement d'autres ont suivi. J'espère que la musique de l'océan Indien deviendra aussi internationale, parce que nous avons aussi notre mot à dire.

 


Wailers en décembre

 

Le concert des Wailers à Maurice est déjà annoncé comme le prochain gros projet de Otentikk Street Brothers Co Ltd qui travaille avec la collaboration d'Impact Production et de GIAL Production (de la Réunion). Les mythiques Wailers, qui ont accompagné Bob Marley, donneront leur concert à Maurice le 1er décembre. La date est officielle, et figure déjà sur le site du groupe. Reste aux organisateurs de trouver un lieu approprié et de terminer les procédures pour que nous soyons en mesure de vous en communiquer davantage. Il a cependant déjà été convenu que OSB fera la première partie de ce concert.

 

 


Le calendrier OSB

 

Le dimanche 26 août, Bruno Raya, Dagger Killa, Tikennzo et Blakkayo participeront à un concert lors du fancy-fair du Collège BPS à Beau-Bassin. Le 1er septembre, l'équipe met le cap sur Grand-Bay pour une soirée au Killi Manjaro Nite Club (ex-Le Bambou). Le concert débutera à 22h. Les prix des billets ont été fixés à Rs 200, hommes, et RS 150, femmes. Une autre soirée Live 'n'Direk est prévue pour le samedi 8 septembre à la discothèque Enigma de Quatre-Bornes. Elle débutera aussi à 22h. Les billets seront en vente à Rs 200 l'unité.





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